Appel pour la France sur mer

Les élections législatives ont été marquées par une abstention sans précédent. Cette dernière exprime avec force les doutes et la défiance de nos concitoyens vis-à-vis de responsables politiques qui n’ont su les mobiliser ni sur leur personne, ni autour de projets fédérateurs.

Ce dernier épisode de la séquence électorale engagée avec l’élection présidentielle s’achève ainsi sur une double crise de légitimité : celle d’un Président de la République dont la victoire a été acquise par défaut, contre l’extrême droite et non sur son programme, et celle de députés élus grâce à moins d’un quart du corps électoral.

Pour que cette crise de légitimité ne débouche pas sur une crise politique majeure, il y a urgence à proposer aux Français de nouvelles perspectives. Elles ne sauraient se résumer à une adaptation indispensable à la mondialisation et au sacrifice obligé des avantages du modèle social français. Pour obtenir l’adhésion de nos compatriotes, il faut proposer un progrès.

Depuis le début des années 70, la marche vers l’intégration européenne est le seul progrès proposé à nos concitoyens. A ce sujet, au fil des consultations électorales, avec l’expérience concrète des avantages et des inconvénients de la construction européenne, les Français ont régulièrement délivré un double message aux responsables politiques : celui de leur attachement à l’Europe, au nom de la paix et de la prospérité, mais aussi celui de leur refus de remettre en cause notre pacte républicain comme prix à payer. Ils aspirent à ce que le général de Gaulle appelait « le progrès dans l’ordre ». Ils veulent faire l’Europe sans défaire la France.

Répondre à cette exigence, ce n’est pas remettre en cause le projet européen. C’est d’abord renforcer la France. C’est porter un projet français capable d’orienter le projet européen au lieu de le subir. C’est continuer à protéger et promouvoir ce qui caractérise la société française, fonde son modèle de civilisation et fait la vocation universelle du message qu’elle envoie au monde : l’unité dans la diversité.

Porter cette ambition, c’est être capable d’établir des échanges équilibrés avec nos partenaires. C’est garantir notre indépendance en développant des coopérations qui permettent de répondre aux défis majeurs que doit relever l’Humanité en général, l’Europe et la France en particulier : l’accompagnement de la croissance démographique mondiale et du vieillissement de la population, la lutte contre la pauvreté et les fléaux sanitaires et sociaux, le développement des activités humaines tout en préservant notre environnement.

Dans cette perspective, la France dispose d’un atout considérable : l’étendue de sa zone économique exclusive, la richesse de la biodiversité et des ressources halieutiques et énergétiques qui s’y rattachent. Ils font d’elle la 2ème puissance maritime mondiale, après les Etats Unis d’Amérique. Force est de constater que cet atout est aujourd’hui sous exploité, pour ne pas dire oublié.

Ces quarante dernières années, nos dirigeants ont consacré leur énergie à unifier le continent européen, à créer les infrastructures et les mécanismes qui favorisent la libre circulation des hommes, des capitaux et des marchandises. Quarante ans, c’est court à l’échelle d’un continent. Mais c’est long pour une vie d’Homme. Durant tout ce temps, les collectivités et les départements français d’outre-mer qui légitiment la zone économique exclusive française, ont été traités en périphérie, en marge du mouvement d’ensemble.

Ce traitement « ultrapériphérique » a nourri dans nos territoires un sentiment d’abandon et une revendication autonomiste croissante. Ce sentiment et cette revendication se sont concrétisées par l’installation structurelle d’une abstention devenue massive, particulièrement au moment des scrutins nationaux et européens, par la modification de l’article 73 de la constitution décidée en 2003, donnant davantage de pouvoir réglementaire aux collectivités locales, par la création de collectivités uniques dans la majorité des départements d’outre-mer et l’année dernière par l’adoption d’une loi sur l’égalité réelle qui engage surtout les collectivités.

Pourtant, comme le montre la comparaison des indices de développement humains des différents territoires, l’autonomie ne favorise pas davantage le développement économique et social que le droit commun. L’enjeu ce n’est pas le cadre institutionnel, c’est la définition et la conduite d’un projet de développement partagé entre les Français de l’Hexagone et ceux des outre-mer. Il s’agit de mettre la valorisation de la zone économique exclusive française au cœur d’un nouveau projet pour la France et de faire des départements et des collectivités d’outre-mer les pivots de cette valorisation.

Cette nouvelle politique passe par un encouragement massif des investissements indispensables à l’émergence des activités nouvelles nécessaires à la valorisation des ressources des océans. Elle pourrait s’appuyer sur une véritable continuité territoriale qui renforcera le flux des investissements privés (délégation de service public en matière de transport, réforme de l’octroi de mer et renforcement de la défiscalisation) et sur une réorientation des fonds publics d’investissements gérés par l’Union européenne.

La définition et le déploiement d’une nouvelle politique pour les outre-mer doivent être placés au centre des réflexions qui seront conduites dans le cadre des assises des outre-mer, annoncées par le Président de la République. Nous appelons à un changement de paradigme qui fasse des outre-mer français un centre de gravité géostratégique et non plus une périphérie. Nous appelons à une modification profonde de la représentation collective que l’ensemble des Français, y compris les Ultramarins, se font des outre-mer.

A ce titre, nous proposons un changement de nom pour le Ministère des outre-mer et un élargissement de son périmètre d’intervention. Il ne s’agit plus de renvoyer nos territoires à une périphérie géographique dont il faudrait prendre en compte les spécificités. Il convient désormais d’affirmer la proximité avec les Français de l’Hexagone, créée par une communauté de destin jamais remise en cause, d’exprimer la centralité de nos territoires et de promouvoir la transversalité des politiques publiques à y conduire, au regard de la dimension planétaire de la zone économique exclusive sur laquelle nous garantissons la souveraineté de la France.

C’est pourquoi, considérant ce qui précède, les soussignés demandent au Président de la République que le Ministère des outre-mer soit rebaptisé Ministère de la France sur Mer, qu’il se voit attribuer la conduite de toutes les politiques de l’Etat en faveur des outre-mer, de la mer, de la coopération, notamment avec les pays limitrophes de nos zones économiques exclusives, et de la francophonie, levier central de nos politiques de coopération.

Signez la pétition sur le site change.org

https://www.change.org/p/emmanuel-macron-donnez-%C3%A0-l-outre-mer-sa-vraie-dimension-avec-un-minist%C3%A8re-de-la-france-sur-mer?recruiter=59101474&utm_source=share_petition&utm_medium=twitter&utm_campaign=share_petition&utm_term=petition_management_at_publish